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Concurrence directe ou indirecte : le vrai critère, c’est le besoin client

Baptiste Le Goffic 9 min de lecture

Identifier ses concurrents ne revient pas à dresser la liste des acteurs du même secteur. Dans une étude de marché ou un business plan, il faut regarder plus large : quelle solution le client choisit-il pour répondre au même besoin ? C’est là que la différence entre concurrence directe et concurrence indirecte change la lecture du marché.

La différence essentielle : même offre ou même besoin

La concurrence directe désigne les entreprises qui proposent un produit ou un service similaire, parfois identique, à la même cible. Elles répondent au même besoin avec une solution comparable. Deux pizzerias dans le même quartier, deux plateformes de réservation hôtelière ou deux salles de sport dans une même zone géographique entrent dans cette catégorie. Le client compare alors le prix, la qualité, la proximité et la disponibilité.

Concurrence direct et indirect exemple avec tableau comparatif entre mêmes offres et mêmes besoins clients
Concurrence direct et indirect exemple avec tableau comparatif entre mêmes offres et mêmes besoins clients

La concurrence indirecte fonctionne autrement. Elle regroupe les entreprises qui ne vendent pas exactement la même chose, mais qui répondent au même besoin client. L’offre est différente, mais elle peut remplacer la vôtre dans l’esprit du consommateur. Le client ne met pas toujours en balance des produits identiques. Il compare surtout des façons de résoudre son problème, de gagner du temps, de se rafraîchir ou de manger sans cuisiner.

Un exemple simple illustre bien cette logique. Une marque d’eau minérale peut avoir pour concurrents directs d’autres marques comme Vittel ou Evian. Elle peut aussi subir la concurrence indirecte des sodas, boissons gazeuses ou jus de fruits, car ces produits répondent au même besoin immédiat : boire, se rafraîchir, accompagner un repas. Dans ce cas, la vraie question n’est pas seulement celle du produit, mais celle de l’usage.

Critère Concurrence directe Concurrence indirecte
Nature de l’offre Produit ou service similaire Produit ou service différent
Besoin client Identique Identique ou très proche
Comparaison par le client Prix, qualité, marque, proximité Usage, praticité, alternative, arbitrage
Exemple Dominos Pizza et Pizza Hut Pizza à emporter et repas préparé en supermarché
Niveau de menace Souvent visible et immédiat Parfois moins évident, mais stratégique

Des exemples concrets pour bien classer les concurrents

Restauration : le cas parlant de la pizza

Si vous ouvrez une pizzeria, vos concurrents directs sont les autres pizzerias de votre zone de chalandise : une enseigne locale, Dominos Pizza, Pizza Hut ou un restaurant italien qui propose une offre très proche. Le client compare alors le prix, le goût, la rapidité, la livraison, les horaires et les avis. La concurrence est visible, car les offres se ressemblent et la décision se fait souvent à quelques détails près.

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Vos concurrents indirects sont plus variés : un kebab, un restaurant japonais, un rayon traiteur chez Leclerc ou Cora, une application de livraison qui met en avant d’autres cuisines, voire un service de plats à cuisiner chez soi. Ces acteurs ne vendent pas forcément des pizzas, mais ils captent le même moment de consommation : manger rapidement, sans cuisiner, avec un budget maîtrisé. C’est souvent là que se joue la substitution.

Sport et équipement : Go Sport, Decathlon et les alternatives

Dans la vente d’articles de sport, Go Sport et Decathlon peuvent être considérés comme concurrents directs lorsqu’ils ciblent les mêmes clients avec des produits comparables : chaussures de running, vêtements techniques, vélos, matériel de fitness. La comparaison porte alors sur les prix pratiqués, le choix, les marques disponibles, la qualité du conseil et l’implantation des magasins. La lecture est simple quand l’offre et la cible se ressemblent.

La concurrence indirecte peut venir d’acteurs moins évidents : plateformes d’occasion, grandes surfaces généralistes, sites de location de matériel, clubs sportifs qui prêtent l’équipement, ou même applications d’entraînement à domicile qui réduisent le besoin d’acheter certains accessoires. L’offre change, mais elle modifie la décision d’achat. Un client peut finalement louer, emprunter ou s’entraîner chez lui au lieu d’acheter.

Transport : quand la frontière devient floue

Les taxis et les VTC illustrent bien les cas limites. Selon l’angle d’analyse, ils peuvent être vus comme des concurrents directs : ils transportent une personne d’un point A à un point B contre paiement. Mais si l’on élargit le besoin client, d’autres options entrent dans le champ indirect : transports en commun, vélo en libre-service, covoiturage, autopartage ou marche pour les trajets courts. La comparaison ne se limite plus au service de transport, elle s’étend à la manière de se déplacer.

Cette frontière floue montre pourquoi il ne faut pas classer les concurrents uniquement par catégorie administrative ou par code activité. Le bon point de départ reste le besoin du client, pas l’étiquette du secteur. C’est souvent ce déplacement de regard qui évite une analyse trop étroite et qui révèle des alternatives déjà présentes dans l’esprit du client.

Comment identifier ses concurrents sans se limiter aux acteurs évidents

Une analyse de la concurrence efficace commence par une définition précise du besoin. Demandez-vous ce que le client cherche réellement à obtenir : gagner du temps, économiser, se rassurer, se divertir, se déplacer, manger, apprendre, être accompagné ? Plus le besoin est formulé clairement, plus les concurrents indirects apparaissent. Cette étape évite de confondre le produit et la fonction qu’il remplit.

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Partir du parcours client

Listez les étapes suivies par un client avant l’achat : recherche Google, comparaison des avis, visite en magasin, discussion sur les réseaux sociaux, demande de devis, essai gratuit, recommandation d’un proche. À chaque étape, notez les marques, services ou solutions qui peuvent influencer son choix. Cette méthode révèle souvent des concurrents que l’on ne voit pas depuis son propre produit, parce qu’ils interviennent plus tôt dans la décision ou à un autre moment du parcours.

Imaginez ensuite une matrice simple avec deux axes : d’un côté, la similarité de l’offre ; de l’autre, l’intensité du besoin couvert. En haut à droite se trouvent les concurrents directs les plus dangereux, même offre, même besoin, même cible. En bas à droite apparaissent les concurrents indirects puissants, offre différente, mais besoin très bien couvert. Cette lecture évite une erreur fréquente : sous-estimer une alternative parce qu’elle ne ressemble pas à votre entreprise, alors qu’elle capte déjà l’attention, le budget ou le temps disponible de votre client.

Utiliser une grille d’analyse

Pour comparer proprement les concurrents directs et indirects, construisez une grille d’analyse avec des critères adaptés à votre objectif. Pour un business plan, les critères utiles peuvent inclure la taille de l’entreprise, son ancienneté, son chiffre d’affaires lorsque l’information est accessible, son implantation, ses prix, ses canaux de distribution, ses avis clients et son positionnement. L’idée n’est pas d’empiler des données, mais de retenir celles qui éclairent vraiment votre décision.

Le benchmark ne sert pas à copier les autres, mais à comprendre les standards du marché. Si tous vos concurrents directs proposent la livraison en moins d’une heure, cela devient une attente client. Si un concurrent indirect attire les mêmes clients avec un abonnement plus flexible, cela peut inspirer une évolution de votre modèle économique. La comparaison vous aide à voir ce que le client considère déjà comme normal.

Quels critères comparer dans une étude de marché

La distinction entre concurrence directe et indirecte n’a d’intérêt que si elle aide à décider. Pour cela, évitez les listes trop longues et choisissez des critères reliés à votre stratégie. Un commerce local n’analysera pas exactement les mêmes points qu’un logiciel en ligne ou qu’une activité de conseil. En revanche, certains repères restent utiles pour tous les cas : l’offre, la cible, le prix, les canaux de distribution et la satisfaction client.

  • L’offre : produits, services, gammes, options, niveau de personnalisation.
  • La cible : particuliers, professionnels, familles, étudiants, entreprises, clients premium ou sensibles au prix.
  • Le prix : tarif d’entrée, abonnement, promotions, frais cachés, rapport qualité-prix perçu.
  • Les canaux de distribution : boutique physique, site e-commerce, marketplace, réseaux sociaux, vente directe.
  • La zone géographique : quartier, ville, région, marché national ou activité entièrement en ligne.
  • La satisfaction client : avis, réclamations récurrentes, points forts cités, frustrations visibles.
  • Le positionnement : économique, premium, rapide, écologique, expert, familial, pratique.
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Pour chaque critère, séparez les concurrents directs et indirects. Cette séparation clarifie la lecture : les premiers vous aident à évaluer votre place dans la catégorie, les seconds vous aident à comprendre les arbitrages du client. Un client peut préférer un prix plus bas, mais il peut aussi choisir une solution plus simple, plus rapide ou plus accessible, même si elle appartient à une autre catégorie.

Pourquoi les concurrents indirects pèsent autant dans le positionnement

Beaucoup d’entrepreneurs sous-estiment la concurrence indirecte parce qu’elle semble moins frontale. Pourtant, elle peut modifier profondément la demande. Une salle de sport ne rivalise pas seulement avec d’autres salles. Elle rivalise aussi avec les applications de fitness, les coachs en ligne, les équipements à domicile ou les activités de plein air gratuites. Le client arbitre entre plusieurs manières d’atteindre un résultat, et pas seulement entre plusieurs marques du même rayon.

Cette analyse est particulièrement importante au moment de construire un business plan. Elle permet de mieux justifier le potentiel du marché, de montrer que l’étude ne se limite pas aux grandes marques visibles, et d’ajuster le positionnement. Si vos concurrents directs sont très chers, une offre accessible peut être pertinente. Si vos concurrents indirects sont plus pratiques, votre différenciation devra peut-être porter sur la simplicité, la disponibilité ou l’expérience client. Dans tous les cas, la lecture du marché gagne en précision.

La bonne méthode consiste donc à raisonner en deux temps : d’abord les 2 types de concurrence, puis les critères de comparaison. Les concurrents directs indiquent avec qui vous partagez la même catégorie. Les concurrents indirects révèlent les alternatives que le client a réellement en tête. C’est souvent dans cet écart que se trouvent les meilleures décisions stratégiques : revoir une offre, affiner une cible, ajuster un prix ou choisir un canal de distribution plus efficace.

Baptiste Le Goffic
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