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Stratégie mobilité entreprise : réduire la voiture solo sans pénaliser les salariés

Baptiste Le Goffic 7 min de lecture
Stratégie mobilité entreprise : réduire la voiture solo sans pénaliser les salariés

Une stratégie de mobilité en entreprise organise les trajets domicile-travail et les déplacements professionnels pour réduire les coûts, les émissions et les difficultés d’accès au travail. Son outil central, le plan de mobilité employeur (PDME), transforme ces ambitions en actions mesurables. Le point de départ n’est pas d’imposer le vélo ou le covoiturage, mais d’identifier les alternatives réellement accessibles aux salariés.

Définir le périmètre et vérifier les obligations avant d’agir

Le PDME, qui succède à l’ancien plan de déplacements entreprise (PDE), articule diagnostic, objectifs, programme d’actions et évaluation. Il dépasse la gestion du parking : horaires, organisation du travail, déplacements commerciaux, flotte et accès des visiteurs peuvent entrer dans la réflexion. Les livraisons méritent également un volet spécifique lorsqu’elles représentent un flux important.

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Le seuil de 50 salariés ne suffit pas à lui seul

Le cadre issu de la loi d’orientation des mobilités de 2019, applicable depuis le 1er janvier 2020, concerne notamment les entreprises employant au moins 50 salariés sur un même site, dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants concernées. La mobilité domicile-travail entre dans la négociation obligatoire sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail des entreprises assujetties. À défaut d’accord sur ces mesures, les entreprises concernées doivent élaborer un PDME. Il faut donc vérifier conjointement localisation, effectif et situation au regard de la négociation.

Pour une entreprise multi-sites concernée, le plan doit intégrer l’ensemble des sites, y compris ceux de moins de 50 salariés. Confirmez votre périmètre auprès de Service-Public.fr et de l’autorité organisatrice de la mobilité compétente, plutôt que de déduire l’obligation du seul effectif global.

Choisir la bonne échelle

Un plan mono-site répond aux contraintes d’un établissement. Un plan multi-sites coordonne plusieurs implantations tout en conservant des actions locales. Un plan commun ou mutualisé rassemble plusieurs employeurs : une option pertinente pour partager une enquête, organiser du covoiturage ou discuter d’une desserte dans une zone d’activités. Une petite entreprise peut aussi engager volontairement cette démarche.

Diagnostiquer les trajets réels, pas seulement les intentions

En France, 74 % des personnes ayant un emploi vont travailler en voiture, et cette proportion atteint 87 % dans les communes rurales, selon l’enquête citée sur les pratiques de déplacement. Ces écarts rappellent qu’une politique uniforme fonctionne mal : un siège près d’une gare et un atelier en horaires décalés n’ont pas les mêmes possibilités.

Infographie sur la stratégie mobilité entreprise et les étapes du plan de mobilité employeur
Infographie sur la stratégie mobilité entreprise et les étapes du plan de mobilité employeur

Croisez une enquête salariés avec les données disponibles : abonnements remboursés, déplacements professionnels, consommation de carburant, occupation du parking et offre de transport. Recueillez les informations de façon proportionnée et restituez les résultats sous forme agrégée pour préserver la confidentialité.

  • Pratiques : modes utilisés, fréquence de présence, distances et temps de trajet.
  • Contraintes : horaires, correspondances, accompagnement d’enfants, handicap, transport de matériel.
  • Freins : itinéraire cyclable discontinu, stationnement non sécurisé, dernier bus trop tôt.
  • Conditions de changement : retour garanti, aide financière, douche ou horaires assouplis.

Superposez ensuite trois couches d’information : lieux de résidence regroupés par secteur, horaires de présence et ruptures du trajet. Une gare proche ne constitue pas une solution si le dernier kilomètre est impraticable ou si le premier train arrive après la prise de poste. Cette lecture fait parfois émerger une action plus utile qu’une subvention générale : ajuster un horaire ou sécuriser un accès piéton.

Établissez enfin la situation de référence : parts modales, kilomètres, émissions estimées et coûts. Distinguez les trajets domicile-travail des missions professionnelles, dont les leviers et les budgets diffèrent.

Composer un ensemble de solutions adapté à chaque public

La priorité est de rendre une alternative praticable avant de restreindre la voiture. Supprimer des places sans solution crédible déplace le problème vers les rues voisines et fragilise l’adhésion. Comparez les options selon leur usage réel, leur coût complet et les personnes qu’elles peuvent effectivement aider.

SolutionSituation favorableCondition de réussite
Marche et véloTrajets compatibles avec une mobilité activeAccès sûrs, stationnement vélo sécurisé, équipements adaptés
Transports collectifsSite desservi aux horaires travaillésCorrespondances et dernier kilomètre fiables
CovoiturageOrigines et horaires compatiblesMise en relation, souplesse et solution en cas d’imprévu
TélétravailActivités réalisables à distanceOrganisation concertée et suivi des déplacements évités
Flotte partagéeMissions nécessitant un véhiculeRéservation simple et véhicules adaptés aux usages

Pour les déplacements professionnels, questionnez d’abord la nécessité du trajet : visioconférence, regroupement des rendez-vous, puis choix du mode. Optimisez la flotte avant son renouvellement : dimensionnement, mutualisation et adéquation des véhicules aux distances. L’électrification ne supprime ni les kilomètres inutiles ni la congestion.

Le télétravail réduit certains trajets, mais son effet doit être évalué sur les journées réellement évitées et les déplacements supplémentaires éventuels. Maintenez aussi des solutions pour les métiers non télétravaillables, afin de ne pas concentrer les avantages sur une seule catégorie de salariés.

Construire un budget et une gouvernance qui tiennent dans la durée

Désignez un responsable, associez direction, RH, RSE, services généraux et représentants du personnel, puis retenez quelques actions prioritaires. Chacune doit avoir un pilote, une échéance, un budget et un indicateur. Les salariés doivent pouvoir signaler rapidement les difficultés rencontrées pendant l’expérimentation.

Le budget comprend les investissements, mais aussi l’entretien, l’animation, les aides aux salariés et le temps de pilotage. Mettez ces dépenses en regard des économies possibles sur le stationnement, le carburant et les déplacements. Évitez de comptabiliser comme acquise une économie qui dépend encore d’un changement d’usage.

Dans le secteur privé, la prise en charge des abonnements éligibles aux transports collectifs est d’au moins 50 %. Le forfait mobilités durables reste facultatif, sauf disposition applicable plus favorable. L’ADEME mentionne une prise en charge des abonnements pouvant aller de 50 % à 75 % et un plafond d’exonération de 900 € par an et par salarié pour le cumul concerné avec le forfait : ces montants ne constituent pas un plafond universel du forfait seul. Vérifiez les conditions fiscales, sociales et de cumul avant toute communication.

Sollicitez également l’ADEME et les collectivités pour identifier les accompagnements ouverts. Les ressources Employeur Pro-Vélo peuvent guider les équipements et services cyclables ; vérifiez la disponibilité des financements et leurs critères avant d’engager les dépenses.

Mesurer les changements plutôt que le nombre d’animations

Un challenge mobilité organisé sur une journée, une semaine ou un mois aide à tester d’autres modes. Il ne prouve pas, à lui seul, une transformation durable. Comparez les résultats à la situation initiale, sur des périodes comparables et en tenant compte des variations de présence.

Fixez des objectifs SMART : spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et délimités dans le temps. Réduire l’usage de la voiture individuelle de 20 % en 12 mois ou doubler la part des salariés venant à vélo d’ici la fin de l’année sont des exemples à calibrer après diagnostic, non des résultats garantis.

  • Suivez les parts modales, les kilomètres et les émissions avec une méthode constante, appuyée notamment sur Impact CO₂.
  • Mesurez le coût par bénéficiaire, l’occupation du parking et l’utilisation des équipements.
  • Interrogez la satisfaction, la fiabilité des trajets et l’accessibilité des solutions.

Faites un point opérationnel régulier et un bilan annuel partagé. Une action peu utilisée doit être comprise avant d’être abandonnée : manque d’information, horaires incompatibles ou service incomplet. La stratégie devient utile lorsqu’elle améliore concrètement l’accès au travail, sans laisser de côté les salariés qui disposent du moins d’alternatives.

Baptiste Le Goffic
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